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Une fugue en sol mineur
Une fugue en sol mineur
Paysages intérieurs
Ecosse, Irlande, 2020

Extraits de la série
Tirages sur papier baryté
Formats : 21×21 cm

Un pied après l’autre, fouler la terre, damner les vivants.

Il y a le corps, cette marionnette que nous animons chaque jour. Il y a ce qui l’habite et qui actionne ces chairs. Il y a les étoiles au-dessus de nous, et parfois la surprise de les retrouver en se plantant le nez au ciel par une nuit noire.

Je suis parti, je me suis mis en route après une longue hésitation, délaissant l’animation et les cris de joie. La musique parfois n’apporte aucun réconfort. J’ai fui ce bouillonnement parce que je ne lui appartenais pas et j’ai remonté l’allée terreuse plongée dans le noir. J’ai fui. J’ai mis un pied après l’autre pour retrouver un peu de quiétude. J’ai marché comme le font les hommes depuis des millénaires pour fuir leurs démons ou pour se trouver, pour découvrir qui habite leur corps.

Un pied après l’autre, fouler la terre, damner les vivants. Tomber à genoux et gratter la poussière de ses mains nues, y creuser des sillons profonds à la recherche des anciens, planter ses ongles dans la terre aride. Creuser, creuser, s’écorcher les doigts jusqu’à mêler notre sang au leur. La danse du monde, l’étreinte du temps de génération en génération. Creuser, y perdre son âme, et retrouver les feux d’un autre monde, brûler nos cauchemars comme on immolerait des mannequins de paille – adieu l’hiver, adieu la mort – s’allonger dans la poussière et s’y enfoncer, la laisser nous engloutir, devenir terre, fossile et canevas pour que les générations futures puissent y tisser leur propre histoire. Devenir monde, rejoindre le flot des morts sur lequel flotteront les vivants. Le chant des temps anciens et futur mêlés dans la terre aride. Encore et encore. Sans fin.

run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
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run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
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run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
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Un pied puis l’autre, le regard tourné vers l’intérieur, les drapeaux en berne. J’aurais pu ne pas m’arrêter, continuer sur ma lancée. Fouler la terre pendant des heures, des jours, des ans, une vie. Et plus encore. Un pied après l’autre. Encore et encore. Mais j’ai levé les yeux au ciel. Je les ai planté dans les étoiles. J’ai miré l’immensité. Là, en détaillant chaque petite tête d’épingle scintillante sur cette toile gigantesque, tout m’est revenu…

La Grande ourse, les carnets de voyage dans lesquels je découvrais enfant des cartes du ciel nocturne, le ciel des vacances, la maison familiale et la nuit fidèle compagnonne, toile noire sur laquelle j’accrochais mes rêves d’enfant, mes déceptions d’ados, mes angoisses de jeunes adulte. Et sur laquelle je découvre aujourd’hui des souvenirs. Est-ce cela vieillir ? Passer du rêve au souvenir ? Du projet au constat ?

J’ai humé l’air chaud, la poussière. J’ai écouté le souffle puissant du vent qui agitait les ramures des platanes et la rumeur lointaine de la fête. Mon corps était toujours là. Je me suis retourné. Puis, j’ai mis un pied après l’autre, rassasié, convaincu que la vie est immense.
Convaincu que nous aussi finalement ne sommes que de petites têtes d’épingles accrochées à une toile noire sans fin.

run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
run away Photo argentique-copyright Thomas Coucq
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